À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : ingénieur en biologie
La génétique médicale en France
Comprendre
Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, un ingénieur en biologie évoque les différentes techniques d’analyse génétique et plus particulièrement l’analyse des chromosomes, un focus sur l’apport de cette technique dans le dépistage de la trisomie 21.
À noter : mentionné dans la vidéo, le Cofrac est le Comité Français d’accréditation
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique).
Je m’appelle Edith Terrenoire, je suis ingénieure hospitalière en spécialité cytogénétique au sein de l’hôpital du CHRU de Tours.
Mon métier, c’est principalement, trouver des réponses pour apporter un diagnostic à des personnes qui sont souvent en errance diagnostique dans le monde de la génétique. On fait beaucoup d’analyses de type caryotype, ACPA, séquençage, exome. L’idée est vraiment de leur apporter une réponse en analysant l’ADN principalement.
L’ADN, dans ma spécialité, est sous forme de chromosomes, donc de petites croix que l’on a tous vues dans les cours de biologie. Mais ça existe vraiment, on peut les voir.
J’ai toujours aimé comprendre. Je suis quelqu’un qui a besoin de comprendre pour pouvoir avancer. Je suis partie en Bac S, j’ai eu mon Bac S, puis je suis allée à l’IUT de Clermont-Ferrand où je me suis spécialisée dans les analyses biologiques et biochimiques.
J’ai très vite eu envie de découvrir le monde de la recherche, parce que ça me fascine : essayer de comprendre, de savoir, trouver une réponse, et pourquoi pas être la prochaine personne qui trouve le médicament qui pourrait aider plein de gens.
Le quotidien de la recherche peut être très dur et difficile, et il me manquait parfois le fait de pouvoir trouver des réponses. En rebasculant dans le diagnostic, ça me permettait de donner une réponse à chaque patient et d’apporter beaucoup aux familles, qui sont souvent très demandeuses et en attente de cela.
Ce qui me donne envie de me lever le matin, c’est de retrouver mon équipe. On est très soudés, solidaires, et on a construit le laboratoire ensemble, donc il y a un lien très fort. On peut se soutenir les uns les autres.
Il y a aussi une diversité de travail intéressante : je fais de la formation, de l’amélioration continue. On essaie d’améliorer le quotidien des techniciens, notamment sur les tâches administratives, car il y a beaucoup d’exigences pour faire les tests (COFRAC). On cherche des solutions pour alléger ces contraintes et améliorer le quotidien de tout le monde.
Ce qui me plaît le plus dans mon métier, c’est le côté enquête : chercher et trouver des réponses. On arrive aujourd’hui à aider les femmes enceintes en évitant des prélèvements invasifs pour dépister la trisomie 21. Avant, on faisait des amniocentèses avec une aiguille, ce qui comportait des risques. Maintenant, on peut faire un prélèvement sanguin chez la mère. Dans ce sang, il y a l’ADN de la mère et des fragments d’ADN du fœtus. On mélange ces fragments avec ceux d’autres patientes et, grâce à l’analyse, on peut déterminer s’il y a un risque de trisomie. On peut analyser plusieurs patientes en même temps et obtenir des résultats pour chacune.
Cependant, il faut faire attention : cela reste du dépistage et non un diagnostic.
Si une anomalie est détectée au dépistage, on passe ensuite à un test diagnostique.
Dans ce métier, ce qui est important à transmettre, c’est la passion. Pour aimer les chromosomes, il faut vraiment s’immerger dans ce monde. Il faut imaginer que dans chaque cellule de notre corps, il y a environ 2 mètres d’ADN, compactés dans quelque chose d’invisible à l’œil nu. Au laboratoire, on récupère un échantillon, on met les cellules en culture, puis on les observe sur une lamelle. On arrive alors à voir les chromosomes et à les analyser.
C’est quelque chose d’extraordinaire. Pour moi, c’est magique.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : cytogénéticien
La génétique médicale en France
Comprendre
Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, un cytogénéticien explique la cytogénétique avec beaucoup de pédagogie : ce qu’est notre patrimoine génétique, ce que la cytogénétique permet d’étudier, la différence entre cytogénétique constitutionnelle et cytogénétique somatique.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique)
Je suis Anna Lokchine, pharmacienne biologiste spécialisée en cytogénétique au CHU de Rennes. De manière générale, un laboratoire de génétique est un laboratoire qui va étudier l’ADN. Ce qui change, c’est le niveau de zoom sur notre ADN. Historiquement, on séparait la cytogénétique et la génétique, même si maintenant les frontières sont un peu floues avec les progrès techniques actuels.
Globalement, la cytogénétique, étymologiquement, c’est l’étude des gènes de la cellule (« cyto » pour cellule). Si on fait la métaphore et qu’on compare notre patrimoine génétique à une bibliothèque, cette bibliothèque est composée de 46 livres qu’on appelle les chromosomes. La cytogénétique s’intéresse vraiment à ces 46 livres : vérifier s’ils sont bien rangés, s’il n’en manque pas un, s’il n’y a pas des chapitres qui ont été inversés.
La cytogénétique a deux volets principaux :
- La cytogénétique constitutionnelle : l’exemple que la plupart des gens connaissent, c’est la trisomie 21. Si on reprend notre exemple des 46 livres, la trisomie 21, c’est la présence d’un exemplaire en plus du livre 21, du chromosome 21. On va pouvoir répondre à plusieurs questions en faisant une analyse spécifique qu’on appelle le caryotype. On va pouvoir diagnostiquer cette pathologie, soit chez un individu déjà né, soit au niveau prénatal, au niveau in utero, chez une femme enceinte. On va répondre à la question de : est-ce une trisomie 21 ou pas ? Et quel est le mécanisme ? Potentiellement, on peut aussi répondre à la question du risque de récurrence dans la famille.
- La cytogénétique somatique : là, on s’intéresse à un contingent de cellules cancéreuses au niveau d’une tumeur. La question est de savoir quel est ce type de tumeur, de la classer, et de voir s’il existe un traitement spécifique qui peut être donné, un anticancéreux spécifique donné au patient.
Pour accéder à ce métier, on peut passer par un cursus médical (études de médecine, puis internat en biologie médicale ou en génétique clinique et par la suite travailler en laboratoire) ou, comme je l’ai fait, par la Faculté de Pharmacie, préparer l’internat de pharmacie (biologie médicale ou pharmacie hospitalière). Ensuite, les deux cursus se rejoignent.
Au sein de notre laboratoire, nous avons des techniciens qui réalisent les analyses concrètement, nous avons une aide-laboratoire, des secrétaires, une ingénieure en bioinformatique puisque maintenant l’informatique est de plus en plus présente dans nos métiers, et mes collègues biologistes, qui sont soit médecins, soit pharmaciens. Je suis aussi en contact avec mes collègues cliniciens généticiens et d’autres disciplines. Par exemple, je travaille beaucoup sur l’infertilité, donc je suis en contact avec des gynécologues, des endocrinologues, des médecins du service d’AMP, etc.
C’est très enrichissant d’être au contact de profils différents, chacun ayant une vision particulière. On apprend tous les jours, car on ne peut pas tout connaître de la médecine ou même de la génétique.
Ce qui me fait me lever le matin, c’est de me dire que chaque jour sera différent : donner des cours, réaliser différentes techniques de routine, lire ou écrire des articles, faire des manipulations… Chaque jour est différent. Mais ce qui est magique dans mon métier, c’est de voir un caryotype, ces images de chromosomes, quelque chose d’infiniment petit contenu dans toutes les cellules de notre corps, et de se dire que sur ces chromosomes, il y a de l’ADN, juste des répétitions de lettres qui font ce que nous sommes. Quand on y pense, c’est incroyable.
J’aime aussi l’aspect futuriste de ce métier, avec des problématiques sociales, philosophiques, et une discipline scientifique très intéressante, avec des débouchés et des problématiques assez actuelles.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : biologiste moléculaire
La génétique médicale en France
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Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, un biologiste en génétique moléculaire décrit son rôle dans la lecture de l’ADN et dans l’interprétation des gènes pour poser un diagnostic et expliquer une maladie génétique.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique).
Je m’appelle Marie-Laure Winter et je suis biologiste en génétique moléculaire. Mon travail consiste à identifier des anomalies au niveau de l’ADN chez des patients, qu’il s’agisse d’enfants, d’adultes, ou même in utero chez des embryons ou des fœtus. Le tout étant de poser un diagnostic pour expliquer une maladie génétique.
L’objectif est d’analyser l’ADN, qui fait partie de toutes nos cellules et contient notre information génétique. Il s’agit de décrypter la séquence de l’ADN, c’est-à-dire un enchaînement de lettres (qu’on appelle des nucléotides dans notre jargon). Nous devons lire toutes ces lettres et détecter des anomalies dans ce code génétique. Il y a 3,2 milliards de lettres dans notre ADN, et on connaît seulement 1 à 2 % de ces séquences comme étant des gènes ayant une fonction. Le reste, qu’on appelait avant la « matière noire du génome », c’est toute la face cachée du génome. On ne connaît pas encore les fonctions de toutes ces séquences d’ADN.
Mon parcours n’a pas été linéaire. J’ai suivi un cursus scientifique en école d’ingénieur, d’abord en physique, puis je me suis spécialisée en biotechnologie et en instrumentation pour les biotechnologies. Depuis toute petite, j’avais toujours eu envie de travailler dans le médical et de faire de l’enseignement. Finalement, j’ai combiné les deux grâce à ce métier, même si je ne m’étais pas destinée à la génétique au départ. C’est le hasard des rencontres, notamment lors d’un stage en école d’ingénieur, qui m’a orientée vers ce domaine. J’ai ensuite fait une thèse en science sur les prédispositions au cancer du sein, puis je suis revenue vers la génétique des maladies rares, notamment les troubles du neurodéveloppement et la déficience intellectuelle chez l’enfant.
Je travaille dans un poste hospitalo-universitaire, qui allie une partie hospitalière et une partie universitaire. Le diagnostic consiste à identifier des anomalies génétiques (qu’on appelle des mutations), tandis que la partie universitaire inclut l’enseignement et la recherche. Je transmets les bases de la génétique humaine aux étudiants, mais aussi à des collègues, et je participe à des recherches dans un laboratoire proche du CHU. Nous travaillons sur les troubles du neurodéveloppement, en essayant de caractériser des anomalies génétiques pour mieux comprendre leur impact sur le développement cérébral.
Exercer dans le public me permet d’avoir un métier très varié : recherche, enseignement et diagnostic. Dans le privé, le métier de biologiste se limiterait surtout au diagnostic hospitalier. Ce qui me plaît, c’est la diversité de mes activités : les journées sont variées. Je peux travailler sur le diagnostic. C’est vraiment chercher l’aiguille dans une botte de foin, parmi des milliers de variations, pour identifier celle qui est responsable des caractéristiques cliniques d’un patient qui vient en consultation parce qu’il a une maladie génétique. Et puis après, il y a tout cet aspect de transmettre : transmettre le savoir, nos connaissances, notre expertise.
Ce qui est magique, c’est de travailler sur l’ADN, quelque chose d’infiniment petit, qu’on voit au microscope, et de se dire qu’une modification infime de sa composition chimique peut changer un trait de notre visage, notre aspect physique, ou même déclencher une maladie. C’est fascinant de réaliser qu’une portion minuscule d’ADN peut avoir des conséquences aussi importantes.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : fœtopathologiste
La génétique médicale en France
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Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, une fœtopathologiste nous explique son métier. Elle pratique des autopsies de fœtus décédés pendant une grossesse ou de nouveau-nés décédés juste après leur naissance. Son rôle est de réaliser des examens pour comprendre les causes du décès, notamment des malformations. Elle peut apporter des réponses aux parents, les aider à comprendre ce qui s’est passé, et leur donner des informations pour envisager une éventuelle future grossesse.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique)
Je m’appelle Mathilde Becmeur, je suis généticienne et fœtopathologiste au CHU d’Orléans. En tant que fœtopathologiste, je réalise les autopsies de fœtus morts pendant la grossesse, qu’ils soient morts naturellement ou à la suite d’une interruption médicale de grossesse pour des malformations. Je pratique également les autopsies d’enfants nés vivants mais décédés dans le premier mois de vie, afin de déterminer la cause de leur décès.
Le processus commence par une étude approfondie du dossier : quelles malformations ont été observées pendant la grossesse, à quel terme, quelles pathologies de la maman pendant la grossesse pourraient avoir eu un impact sur le déroulement de cette grossesse, et, pour les enfants nés vivants puis décédés, les conditions de leur décès en réanimation. Ensuite, nous réalisons des radios et un examen pédiatrique complet du fœtus ou de l’enfant. Puis, nous procédons à l’autopsie à proprement dite : examiner les viscères les uns après les autres, puis le cerveau, et enfin le placenta (quand le décès est in utero), car le placenta est véritablement la « boîte noire » de la grossesse, qui nous explique tout ce qui s’est passé au cours de la grossesse.
Les bienfaits pour les parents sont multiples. D’abord, en énumérant les malformations, nous leur confirmons que la situation était grave et qu’ils ont fait le bon choix, aussi difficile soit-il, d’interrompre la grossesse. Ensuite, nous parlons d’avenir : nous leur disons qu’ils pourront avoir possiblement d’autres enfants, que ce n’est pas la fin de leur histoire. Ils sont souvent assez soulagés de voir que la personne qui s’est occupée de leur enfant l’a fait avec douceur et empathie. Cette partie, bien que minoritaire dans mon travail, est celle qui me donne toute la reconnaissance des patients et légitime ce que je fais pour leur enfant.
Les profils en fœtopathologie sont assez variés. Le plus classique est celui d’un étudiant en médecine qui fait un internat de spécialité (génétique, anatomie pathologique ou gynécologie-obstétrique), puis une surspécialité (FST) d’un an dédiée à la fœtopathologie. Ce qui peut rebuter dans ce métier, c’est le contact quotidien avec la mort. Beaucoup pensent que, comme la personne est décédée, c’est la fin de l’histoire et que ce n’est pas intéressant sur le plan du diagnostic. Un autre frein est que nous n’utilisons pas ce que nous avons appris en deuxième cycle de médecine, mais plutôt les sciences fondamentales, souvent rebutées en première année de médecine puisqu’elles faisaient l’objet du concours.
Ce qui me plaît beaucoup en fœtopathologie, c’est qu’il n’y a pas de routine. Ce sont les arrivées de fœtus qui rythment nos journées. Personnellement, j’aime commencer la matinée par les autopsies, puis consacrer l’après-midi à l’analyse des dossiers, aux examens au microscope pour l’enseignement des étudiants. Tous les lundis matin, je reçois en consultation des parents qui ont perdu un enfant, pour avancer avec eux.
Les nouvelles technologies vont transformer notre métier. Pendant mon internat, j’ai vu se développer les techniques de génétique, qui permettent aujourd’hui de poser un diagnostic causal des malformations fœtales au cours de la grossesse. Les questions posées aux fœtopathologistes vont être différentes : les généticiens vont nous demander si sur le diagnostic fait, les malformations non encore visibles à l’échographie (le fœtus étant trop jeune) peuvent s’intégrer dans la pathologie suspectée, ou s’il faut chercher autre chose. Nous allons aussi être sollicités quand les tests génétiques n’ont rien donné, pour découvrir de nouvelles pathologies et caractériser leur phénotype.
Il se développe également l’IRM post-mortem. Nous sommes encore au stade de la recherche mais on peut faire ce qu’on appelle des autopsies virtuelles. Aujourd’hui, on est encore loin des performances des autopsies, puisqu’on a tout l’apport de l’histologie qu’il n’y a pas avec l’IRM. Mais c’est quelque chose qui se développe et c’est une perspective d’avenir.
Ce qui est magique, c’est que chaque matin, je ne sais pas comment va se dérouler ma journée. Et ce qui est vraiment excitant, c’est de travailler sur des fœtus interrompus de plus en plus tôt, de plus en plus petits, avec des questions très pointues qu’on nous pose et de voir ce qu’on est capable de faire techniquement : disséquer un cœur minuscule, de quelques grammes, pour y voir une malformation. Ça aujourd’hui, on sait le faire et c’est très satisfaisant sur le plan technique, et poser un diagnostic est toujours très agréable aussi sur le plan intellectuel, d’autant plus avec les remerciements des parents. Cela en fait une spécialité magique.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : généticien clinicien
Les examens génétiques
Un parcours de soins encadré
Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, deux généticiens cliniciens parlent de leur métier, leur collaboration avec les nombreux autres professionnels de santé, les progrès de la génétique pour aider à améliorer la prise en charge des patients et leur rôle auprès des patients.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique).
Je m’appelle Sylvie Odent, je suis généticienne. Je travaille au CHU de Rennes, dans le service de génétique clinique. Je suis ce qu’on appelle un PU-PH, c’est-à-dire Professeur des Universités – Praticien Hospitalier. Cela signifie que j’exerce plusieurs métiers en une seule journée : je fais du soin (des consultations avec des patients), de l’enseignement, de la formation, et, comme tous les généticiens, un peu de recherche. En génétique, on passe très vite de la pratique à la recherche, car c’est une spécialité extrêmement mouvante. Il faut sans cesse se tenir au courant et innover. Il est difficile de décrire une journée type, car aucune journée ne se ressemble.
Je suis Sandra Mercier. Je suis professeur de génétique clinique, au CHU de Nantes. Pour devenir généticien, médecin en génétique, il faut faire des études de médecine, puis choisir la spécialité « génétique médicale », qui existe depuis 1995. En tant que clinicien, je vois des patients chez qui on suspecte ou on a diagnostiqué une maladie génétique. Il est important d’accompagner les patients et leurs familles dans ces moments difficiles d’annonce diagnostique, d’autant que la maladie peut être héréditaire et concerner d’autres membres de la famille. Notre objectif est d’accompagner au mieux les patients, même dans ces moments difficiles.
Ce qui est intéressant, c’est que nous voyons des patients de tous les âges, du fœtus jusqu’à la fin de vie. La génétique n’est pas une spécialité d’organe, mais une spécialité très globale, une sorte de médecine générale spécialisée. C’est un travail vraiment multidisciplinaire : nous interférons avec toutes les spécialités de l’hôpital et en ville, et nous avons des liens très forts avec nos collègues biologistes et chercheurs. Ce qui est passionnant en génétique, c’est qu’on travaille avec tout le monde, tout le temps. C’est une spécialité nationale et internationale, surtout dans le domaine des maladies rares, où il faut partager les données et les connaissances pour avancer.
Nous assistons à une véritable révolution technologique : en quelques années, les techniques de séquençage de l’ADN ont énormément progressé. On va plus vite, on voit plus de choses. Cette évolution est très positive pour nos patients, notamment ceux qui étaient en impasse diagnostique depuis des années. Aujourd’hui, on peut enfin leur donner une réponse, et peut-être même proposer de nouveaux traitements.
Il faut cependant faire attention à ce que cette évolution technologique soit bien encadrée par la loi et l’éthique. En tant que généticiens, nous sommes très sensibilisés à ces questions et participons à de nombreux groupes de travail sur l’éthique médicale pour que justement les pratiques restent encadrées.
Faire un test génétique ne se résume pas à une simple prise de sang : cela doit être accompagné, avec un consentement éclairé et une utilité clinique. Certains associent la génétique à l’eugénisme, mais nous sommes dans une médecine de soins très encadrée par les lois de bioéthique, qui sont sans cesse renouvelées en fonction des innovations.
Pour l’avenir, je le vois très dynamique. Actuellement, seulement 5 % des maladies rares ont un traitement, c’est extrêmement peu mais les perspectives sont enthousiasmantes. Certaines maladies emblématiques, comme la mucoviscidose ou l’amyotrophie spinale infantile, accèdent désormais à des traitements curatifs. J’espère que nous pourrons participer de plus en plus, en tant que généticiens cliniciens, à des essais thérapeutiques.
La particularité de notre région, le Grand Ouest, est une culture du travail ensemble, très ancienne, qui tient à quelques personnes qui aimaient se retrouver. Aujourd’hui, nous sommes une grande équipe multisite, avec des compétences complémentaires, au bénéfice des patients et de la recherche. Nous essayons de contribuer le mieux possible à la génétique française.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : conseiller en génétique
Les examens génétiques
Un parcours de soins encadré
Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, un conseiller en génétique raconte les missions de son métier et son rôle dans l’accompagnement des patients.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique)
Claire Effray, je suis conseillère en génétique dans le service de génétique du CHU de Rennes. Mon métier consiste à recevoir des patients en consultation pour leur délivrer un conseil génétique. Il s’agit soit de patients chez qui on suspecte une maladie génétique, soit de patients qui savent qu’une maladie génétique existe dans leur famille et qui souhaitent connaître leur risque d’en être porteur ou de la transmettre à leurs descendants.
Notre rôle est de leur expliquer tout cela à l’aide de schémas et de supports visuels, car les notions abordées sont souvent complexes. Certains patients les comprennent facilement, d’autres ont plus de difficulté. Nous adaptons donc notre discours pour rendre ces notions les plus compréhensibles possible.
À Rennes, les consultations durent généralement entre 45 minutes et 1 heure pour les premières consultations. Cela nous permet de faire le point sur l’histoire du patient et de sa famille, puis de prendre le temps de lui expliquer en détail la pathologie suspectée ou pour laquelle il présente un risque d’être porteur. Nous expliquons aussi l’intérêt des tests génétiques et vérifions avec le patient s’il souhaite vraiment réaliser ces analyses, car rien n’est obligatoire.
Nous avons la chance de créer une relation particulière avec nos patients. Le fait d’avoir des consultations longues permet de discuter, de faire le point sur leur histoire personnelle et familiale, parfois dans des contextes difficiles où ils nous confient des choses intimes. Nous pouvons accompagner certains patients sur plusieurs années : lors de la première consultation, lors de la remise des résultats, et parfois pour un projet de grossesse en fonction des résultats. Nous aidons aussi à informer les autres membres de la famille concernés. Cela crée un lien particulier, tout en gardant la distance professionnelle nécessaire, et une vraie relation de confiance se construit avec les patients.
Pour devenir conseillère en génétique, il n’est pas nécessaire de faire des études de médecine. Il faut obtenir un Master professionnalisant en conseil génétique, après une licence de biologie par exemple. Nous travaillons sous la responsabilité de médecins qualifiés en génétique. Il faut avoir un niveau bac+3 pour accéder à ce Master, mais pas de diplôme de médecine.
Ce que je préfère dans ce métier, c’est la relation avec les patients et le fait de toujours chercher à s’adapter à eux pour rendre les choses les plus simples à comprendre possible.
À la rencontre des professionnels de la génétique médicale : chercheur
La génétique médicale en France
Comprendre
Mois : avril 2026
Dans cette vidéo, une chercheuse en génétique s’intéresse aux maladies rares liées à des dysfonctionnements génétiques. Elle présente les enjeux de la recherche, sa vision, l’équipe avec laquelle elle travaille ainsi que les perspectives d’avenir offertes par les innovations technologiques récentes et à venir.
Projet réalisé par le réseau GEM-EXCELL (réseau d’excellence regroupant des experts des 5 CHU du Grand Ouest dans les domaines de la génétique et de la génomique)
Je m’appelle Valérie Dupé et je suis chercheuse au sein de l’Institut de Génétique et Développement de Rennes. Je m’intéresse à des maladies rares liées à des dysfonctionnements génétiques.
Le métier de chercheuse peut faire rêver, mais il est bien résumé par le mot lui-même : on fait des expériences, on analyse, on interprète, et on essaie de trouver des vérités biologiques. Pour ma part, je m’intéresse à des fonctionnements biologiques.
Le quotidien, tout dépend à quel niveau vous êtes dans votre carrière de chercheur. Quand on commence comme chercheur, on passe beaucoup de temps « à la paillasse », c’est-à-dire en laboratoire, à réaliser des expériences pour répondre aux questions que l’on s’est posées. Aujourd’hui, je dirige une équipe de recherche composée de techniciens, d’ingénieurs, d’étudiants en thèse, et, ce qui est un peu atypique, de cliniciens – des médecins qui s’intéressent aux pathologies et qui sont en contact direct avec les malades. Mon objectif est que tous ces profils arrivent à faire de la recherche ensemble, à se poser les mêmes questions, et à avancer vers une réponse en fonction de leurs compétences respectives.
Une question revient souvent en famille ou entre amis : « Tu cherches, d’accord, mais est-ce que tu trouves ? » Ma réponse est toujours la même : quand on cherche, on trouve toujours. L’enjeu n’est pas de trouver ou non, mais de savoir ce qu’on en fait. Est-ce que ce qu’on a trouvé s’inscrit dans une histoire biologique que l’on veut décrire ? Trouver, on trouve toujours, mais l’important, c’est comment on utilise ces découvertes.
Il y a deux façons de trouver en recherche. Parfois, on sent qu’il y a quelque chose, mais ce n’est pas clair : on se pose des questions, on vérifie les contrôles, on recommence les expériences plusieurs fois pour être sûr de ce qu’on observe. Et puis, il y a ces moments qui marquent, comme quand on voit dans le microscope quelque chose d’évident, de nouveau, qu’on n’a jamais vu avant – ce sont des instants très forts dans ce métier.
Quant à l’avenir de la recherche, les innovations technologiques des dix dernières années sont incroyables. Il y a 25 ans, je n’aurais même pas osé en rêver. Nous avons maintenant des outils fantastiques qui nous permettent d’avoir des connaissances exhaustives sur certains phénomènes biologiques. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, nous pouvons traiter des millions de données, comme l’identité de chaque cellule, ce qui ouvre des perspectives immenses.
Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est le développement du cerveau. Grâce aux nouvelles technologies, je peux aujourd’hui faire pousser un cerveau embryonnaire en laboratoire, ce qui offre des perspectives énormes et qui, je pense, m’occupera jusqu’à la fin de ma carrière.
De façon plus générale, la recherche aujourd’hui génère énormément de données grâce aux nouvelles technologies. Ce sera aux futurs chercheurs de les utiliser au mieux pour en faire bénéficier l’ensemble de l’humanité.
